Impacts d’un biopesticide, l’azadirachtine, sur la physiologie et le comportement de Drosophila melanogaster : Reproduction, nutrition et propriétés aversives
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Date
2021
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Si les effets de toxicité aigüe des pesticides sont assez bien connus, les effets à court et
long terme d’une exposition non létale à un stade juvénile sont beaucoup moins étudiés. Dans
ce travail, nous avons examiné les effets à long terme du Neem-Azal, qui contient 1%
d’azadirachtine A, sur un insecte modèle, Drosophila melanogaster. Deux doses (DL25 : 0,28
µg, D 50 : 0,67 µg correspondant respectivement à 25% et 50% de mortalité cumulée des stades
immatures) ont été utilisées par application topique sur des larves du début du stade larvaire
(L3). Les effets de cette unique exposition à l’azadirachtine ont été testés sur plusieurs
générations successives jusqu’à restauration des paramètres étudiés.
L’exposition unique, en période pré-imaginale, à l’azadirachtine affecte la fécondité des
femelles en réduisant significativement le nombre d’œufs pondus chez deux générations
successives (P : exposée, F1 : non exposée). Une restauration complète de la fécondité est notée
chez la génération F2. Le traitement larvaire affecte également le choix de ponte des femelles
qui ont survécu au traitement avec une claire préférence de ponte sur un milieu témoins par
rapport au milieu traité à l’azadirachtine et ce pour toutes les générations testées. Les mouches
traitées à l’azadirachtine (début de stade L3) montrent une aversion plus marquée au
biopesticide comparativement aux mouches "naïves".
Chez la génération parentale, l’exposition précoce à l’azadirachtine affecte le
développement des adultes en réduisant le nombre de descendants, en induisant un retard du
développement larvaire et pupal ; en biaisant le sex-ratio en faveur des mâles et en provoquant
plusieurs anomalies morphologiques. L’azadirachtine réduit de manière significative la survie
des adultes chez deux générations successives et ce comparativement aux témoins. De plus,
l’azadirachtine affecte la réactivité locomotrice des adultes en réduisant significativement les
scores géotaxiques obtenus chez les adultes des deux sexes en comparaison aux témoins.
L’azadirachtine affecte également la quantité de nourriture consommée par les mouches
et perturbe le système chimiosensoriel des adultes en affectant leurs choix olfactifs et gustatifs.
Les mouches préalablement traitées (début de stade L3) à l’azadirachtine ont une aversion plus
marqué à cette molécule et évitent son odeur. Le biopesticide induit également une inhibition
de l’extension du proboscis des adultes des deux sexes avec un effet plus marqué chez les
adultes préalablement traités au stade larvaire. Les réponses électrophysiologiques des sensilles
gustatives montrent une augmentation de la sensibilité des sensilles gustatives à l’azadirachtine
chez les mouches traitées au stade larvaire confirmant l’aversion plus marquée à cette
molécule.